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Péripéties hospitalières

Je poireautais à l’hôpital
Et vraiment je me sentais mal.
Mon ventre depuis le matin
Fut rarement aussi peu plein.


On m’annonce des brancardiers
Qui ne veulent pas arriver.
La colère me monte au nez,
D’épuisement je vais pleurer.


Je ne veux pas d’une ambulance ;
J’ai encor’ mes deux pieds, je pense.
Et puis, c’est sûr, j’y s’rai malade :
J’en suis arrivée à ce stade !


Par deux fois le tour du cadran
De l’aiguill’ fut le chemin’ment.
— J’pars en métro, dis-je à l’hosto.
— C’est pas légal, c’est pas banal.
S’évanouir à l’hôpital,
Ça se fait, c’est notre boulot.
Oui, vous pouvez agoniser,
D’inanition pouvez tomber,
Sous nos doux yeux désabusés.
Mais un malais’ dans le métro,
Ça sort de nos attributions.


Bla, bla... leurs élucubrations
Viennent à bout de ma patience.
Je prends mes jambes à mon cou
Et dans les couloirs je m’élance.


Je sors, je mange un petit bout,
Et je saute dans une rame.
Coincée entre les seins des femmes
Et les fesses de ces messieurs,
Je me dis : c’est quand même mieux
Que les seringues et les sondes !
Enfin, je vis dans notre monde !
Je me sens un peu moins malade,
Ça vaut la petite balade !

En quelques stations enlevées,
Me voilà donc rapatriée
De l’épouvantable Bichat
À Saint-Louis. Sans tralala,
Je me faufile, pas un chat !
Et les zélés brancardiers
N’en étaient pas encor’ partis !

Six heures sonnent, c’est le soir.
Mon ventre était au désespoir !

L’on m’apporte mon déjeuner ;
Aussitôt la bouchée finie,
Je vois arriver mon dîner !
Et là, vous comprenez, je ris !


L’infirmier, très fâché, me dit :
— J’ai consigné dans le cahier,
Vos stupides péripéties.
Le chef en sera informé.
Vous êtes rentrée en taxi !


— Et si vous me mettiez au trou ?
Maintenant, veuillez me laisser,
Au bistro, je vais boire un coup !
J’ai besoin de me retaper :
Manométrie, fibroscopie,
Pneumologie, cardiologie,
Biochimie, sérologie,
Radiographie et biopsie,
Place de Clichy ou Saint-Denis,
Galliéni, ah, quel fouillis !


Le temps de sauter de mon lit,
Je m’étais déjà endormie !...

Krystyna Umiastowska
(2006)

 

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Les brumes de novembre

 

Pyrenees

Brouillard duveteux
Un souffle m’effraie
Regard cotonneux
Une ombre se fraie

Quelques pas feutrés
A travers les bois
Quel est ce hasard
Perçant le blizzard ?

Serait-ce une muse
Présence diffuse
Ou bien un esprit
Errant par ici ?

Sors-tu des abîmes
Cachés de mon cœur
Ou viens-tu des cimes
Du séjour des morts ?

Parle, que veux-tu
En ce matin sombre
Toi qui es venu
Défiant les ombres ?

Je suis aux abois
Ecoutant ta voix
En ce jour brumeux
Calme et silencieux.

Temps de la Toussaint
En ce mois feutré
Marquant le déclin
Secret de l’année.

Toi qui t’es éteint
En ces jours derniers
Pourquoi ce retour
A pas de velours ?

Cherches-tu les cieux ouverts
Encore lumineux hier ?
Trouveras-tu le repos
Qui te fut promis là-haut ?

J’écoute tes pleurs
Et j’ouvre mon cœur,
Je sens ta douleur
Et je n’ai plus peur.

Pourquoi jusqu’à moi
T’ont mené tes pas ?
Moi qui n’ai que mes larmes
Qui n’ai d’autres armes

Je t'ai guidé
Tu m’as quittée

Comme apaisé
Et délivré.

Pouvoir des yeux
Encore mouillés
Pleurant pour tous
Les enterrés.

Toi qui n’es plus
Qu’une âme nue
Repose en paix,
Ami discret.

Je reste ici
Vivre ma vie.

 

Dona eis requiem sempiternam.

Krystyna Umiastowska

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Adieu, l'Ami !

Jerome

(Sur l’air de Renaud, « Baltique »)

La méd’cine l’a condamné
Jérôme va bientôt nous quitter.
Et sa mère à son chevet
Doucement va le veiller.
Un jour prochain, je sais bien,
Jérôme retrouvera les siens :
Son père, son frère l’attendront
Quelque part dans l’immensité.
Et pourtant cet abandon
Laissera sa mère éplorée.
Je pourrai lui ouvrir mes bras
Mais non empêcher le trépas.
Demain, dans le jardin voisin,
Nous restera le chagrin.
Gavroche, oui, mon chien, tu le sais,
Jérôme va bientôt nous quitter.
Et  restera endeuillé
Ton bon cœur qui ne sait qu’aimer.
Un jour pourtant, je sais bien,
Jérôme retrouvera son chien.
Ce soir, je laisse saigner
Mon cœur qui le veille en secret.
Je n’ai que ça à donner,
Je le donne volontiers.

Krystyna Umiastowska
(2016)

 

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Cornes de brume

 

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Cornes de brume
Dans la nuit brune.
Le vent mugit,
La lune a fui.

Mon cœur se glace.
La vie s’efface.
Mon âme tremble
Dedans mes membres.

 

Des vies trop brèves
Soudain s’achèvent.
Tant d’innocents,
En ces trois  ans.

 

Où s’en vont les ombres fugaces
De tous ces hommes qui trépassent
Parfois sans laisser une trace ?

 

Tous ces gens partis ce matin
Qui dérivent dans le lointain…
 Croiseront-ils notre chemin,
Hanteront-ils nos lendemains ?

 

Où sont partis
Tous ces amis,
Ces inconnus,
Ces âmes nues ?

Dérivent-ils dans le brouillard ?
Reste-t-il un dernier espoir ?
Se sont-ils déjà estompés
De nos mémoires
Dans la nuit noire ?

Notre pays est dans la brume.
Déjà des lueurs s’y allument
Et soudain, défiant l’écume,
Après un hommage posthume,
Se lèvent des flammes d’espoir.
Chacun, maîtrisant sa colère,
A l’édifice, donne sa pierre.
Toi,  poète, prends-en ta part.

Krystyna Umiastowska
(2017)

 

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Au square

 

Lever de soleil 1

Jeux d’enfants,
Pas dansants
Innocents, 
Hésitants, 
Conquérants
Et confiants.

Lentement,
La maman
En chantant
Va berçant
Son enfant :
C’est charmant.

De petits pieds
S’en vont fouler
Le stratifié
Si coloré.

Je me délasse sur le banc,
Me prélasse au soleil levant.
Je profite de cet instant
Pour interrompre un peu le temps.

Courez, sautez, petits enfants !
Laissez-vous lécher par le vent.
Pour vous tous il sera bien temps
De jouer dans la cour des grands.

Krystyna Umiastowska

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Au gui l'an neuf !

 

Rouge gorges sous la neige

Dans le grand sommeil de l’hiver,
Quand s’endort le règne animal,
Quand les sapins seuls restent verts,
Quand le grand froid soudain s’installe,

Une annonce pourtant se fait
Qui rebondit de cime en cime,
L’écho en multiplie les rimes,
Et sur les eaux fait ricochet.

Un an nouveau a vu le jour,
Enfin l’année a refleuri
Au son des cloches de minuit
Est né un chapelet de jours.

Que tous s’embrassent sous le gui,
Et que les cœurs à l’unisson
Se préparent à la moisson
Que le jour promet à la nuit.

Krysyna Umiastowska

 

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Noël endeuillé

 

L'humanité souffre.
Depuis qu'il est sur la terre,
L'homme marche au bord du gouffre.
Croire à la lumière,
Moi je veux encore le faire.
Pour tous ceux qui désespèrent,
Je veux chanter clair.

Krystyna Umiastowska

 

Chantecler

 

 

 

 

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Il neige sur la mer

 

Saintbrevin01

Il neige sur la mer,
Il neige des étoiles,
Il neige autour des voiles
Et sur le quai désert.

Il neige depuis l’aube
Sur le sable doré,
Il neige sur la robe
Des dunes étonnées.


Il neige, et l’univers
Semble coupé en deux
Tout juste en son milieu.
D’un côté, c’est la mer

À la fois bleue et verte
Et de l’autre, la terre,
La terre large offerte
Aux bras blancs de l’hiver.

Il neige sur la mer
Qui s’en moque, éperdue.
Elle rit, toute nue,
Le long du quai désert.

Et l’on dirait vraiment
Que ses vagues endorment
La terre étendue, morne,
Dans son grand manteau blanc.

Maurice Carême

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Chanson pour les petits enfants

 

Capillarité

 

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Monsieur Touffu
A un cheveu.
Un seul. 
Mais alors !
Je n'ai jamais vu
Un cheveu
Aussi
...
Mal coiffé.

Krystyna Umiastowska

 

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Le Paon

 

En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.

Guillaume Apollinaire
 

Glouglou 1

Glouglou le paon, par Krystyna Umiastowska

 

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Automne

 

Automne

Il pleut du soleil
En grappes vermeilles
La saison déploie
Ses perles de soie,
Gouttelettes fines
Sur les aubépines
Le soleil égrène
Des chapelets d'or
Sur les troncs d'ébène, 
Versant ses trésors
Avec profusion.
Il est encore temps,
Faisons provision.

Dans le bois dormant
L'hiver viendra tôt
Prendre son repos.

 

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Le moulin

Moulin 1

 

LE MOULIN DE GUÉRANDE

Le bourg de Batz debout sur les marais
Le Croisic tout au bout du grand trait
Sous les veilleurs, les souvenirs m'attendent
Et l'enfance en moi comme un matin
REFRAIN:
Par-dessus le manteau d'Arlequin
Où les oeillets se fendent sous le sol de Saint-Guénolé
Tournez, tournes les ailes du moulin de Guérande
Sur les grains de mes jours envolés
Sur les grains de mes jours envolés
Chemin de mer pour talus de rochers
Entonnoir de granit écorché
Passaient nos jeux, passaient nos vies gourmandes
Sur le clair sablier de Port-Lin
La mer a fuit l'auge de Saint-Goustan
A l'orée des lents oiseaux distants
Mon père, penché, ramassait des amandes
Des fruits de nacre et des couteaux marins
Sur son balcon allumé de bouquets
Ma grand-mère qui regarde les quais
Et les marais balançant des guirlandes
De bateaux beaux comme des ravins
Des soirs dorés des vieux cars fabuleux
Le soleil dans le pare-brise bleu
Citron brûlant éblouissante offrande
De l'été déjà sur le déclin

Gilles Servat

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Les mots sont des fenêtres

 

Les mots sont des fenetres

 

Le facteur

Le jeune facteur est mort
Il n'avait que dix-sept ans

L'amour ne peut plus voyager
Il a perdu son messager

C'est lui qui venait chaque jour
Les bras chargés de tous mes mots d'amour
C'est lui qui tenait dans ses mains
La fleur d'amour cueillie dans ton jardin

Il est parti dans le ciel bleu
Comme un oiseau enfin libre et heureux
Et quand son âme l'a quitté
Un rossignol quelque part a chanté

Je t'aime autant que je t'aimais
Mais je ne peux le dire désormais

Il a emporté avec lui
Les derniers mots que je t'avais écrit

Il n'ira plus sur les chemins
Fleuris de roses et de jasmins
Qui mènent jusqu'à ta maison
L'amour ne peut plus voyager
Il a perdu son messager

Gorges Moustaki

Le facteur, chanté par Moustaki

 

 

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Promenade

 

 

Plateau saint michel 2

J’ai recueilli des fleurs vermeilles
Et j’ai avalé le soleil.
Ivre d’air pur, de chaleur et d’odeurs,
J’ai accueilli l’été et ses douceurs.

 

Krystyna Umiastowska

 

 

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Appel aux poètes

 

A lire ici : Appel aux poètes.

 

Taches d encre 02

 

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Regard fugitif

Petite fille au doudou

 

Brillant regard fugace
D’une petite fille
En cet instant de grâce
Où ses yeux d’azur brillent.

Oubliant son assiette,
Effleurée par les vers
Que lui chante Prévert,
Sous l’archet du poète,
Son âme soudain vibre.

Quand s’éveille la fibre
Les mots tombent faciles
Sur le  terreau fertile
D’un petit cœur tout neuf.

Tant d’âmes de poètes
Etoufferont dans l’œuf.
Ne laissons pas muette
La flamme qui anime
Ces êtres encore nets
Taillés pour le sublime.

Offrons-leur le trésor
D’une langue affinée,
Afin que brille l’or
D’un regard élevé,
Niché sur le velours
D’un bel écrin de mots
En un monde si lourd
Et qui courbe le dos.

Krystyna Umiastowska

 

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Paris

 

Bouquiniste sur les quais de seine

 

Tu m'as manqué,
Mon vieux Paris,
Paris aimé,
Paris chéri.

Eh oui, tu vois,
Je suis partie,
Au loin, là-bas,
Vers l'Italie.

La Seine coule,
La vie est cool.
Cette lumière
Qui l'eau éclaire,
Les bons vieux quais,
La foule gaie,
Les bouquinistes,
Rien n'y est triste.

Le Luxembourg
Et ses amours,
Les feuilles mortes
Devant les portes,
Plac' Saint Sulpice
Et les délices
De sa fontaine
Chassant la peine,
Vieille Sorbonne,
Là, je m'étonne,
Car au Boul'Mich,
Y a plus qu'des riches :
Quartier Latin,
Plus d'escarpins
Que de bouquins !
Petites rues,
Ces inconnues,
Aux livres rares,
Aux pianos bars,
La Cour d'honneur,
Où j'eus l'honneur
De recevoir
Un vrai savoir,
Musée d'Cluny,
Couleurs qui rient,
Et sa licorne
Porte une corne,
Saint Séverin,
On y est bien,
Sous sa colonne,
Rien ne m'étonne,
Et Notre-Dame
Qui prend notre âme,
La Tour Saint-Jacques,
Age de la fac,
Délires d'ado,
Tout était beau !
Samaritaine,
J'ai de la peine,
Car ce n'est plus
Que page lue
Dans l'Evangile,
Plus dans la ville,
Ce magasin
Qui n'est plus rien.
Rue d'Rivoli,
Le Louvre rit,
La Cour Carrée,
Ca, c'est sacré,
Le Pont des Arts,
Et ses hasards,
Angelina,
Ses tralalas,
Les Tuileries,
L'Orangerie,
Qui a perdu,
J'ai la berlue ?
Tous ses tableaux
Qu'ils étaient beaux !
Musée d'Orsay
Le long du quai
Ah, les voilà,
Ces peintres-là !
Le CFP,
Et ses cours bêtes,
Ces deux années
La rue de Sèvres
Près de Duroc,
Soldat de choc,
Mais les copines
Ne se débinent,
Sont toujours là,
A huit ans d'là !
La rue de Rennes,
Toujours très speed,
Rue Saint-Placide,
Ah, là, je traîne !
Le Bon Marché,
C'est pas donné !
A la Huchette,
J'étais fillette,
J'aimais la danse,
L'était en transe,
J'étais naïve,
Je n'savais pas
Que ça dérive
Au moindre pas !


A l'Odéon,
Il faisait bon,
Dessous les toits,
Vécu trois mois,
Champs-Elysées,
Illuminés,
Et leurs cinés,
Et leurs troquets,
Le parc Monceau
Et ses arceaux,
Et ses allées
Ensoleillées,
Et Saint Gugus,
Quand j'étais puce,
Saint Augustin,
Pardon, grand saint !
Rue de Lisbonne,
En plein automne,
Les grands boul'vards
Et leurs vitrines,
Prêchant la ruine
De ces jobards,
Les Batignolles,
Trop de bagnoles,
Mais des saris,
En soie sertis
De pierreries,
Et des boubous,
Et des froufrous,
Rue Guy Moquet,
Jeunes mariés,
Vingt mètr' carrés,
Mais nid douillet,
La Butte Montmartre,
Pinceaux en martre,
A la Bastille,
Le soleil brille,
Son Arsenal
Et son canal,
Nini peau d'chien,
C'est bien ancien
Quai d'la Râpée,
Faut l'faire à pieds,
Musée Guimet,
Où j'ai aimé,
Où j'ai offert
Mon cœur trop fier,
Feuille de ginkgo,
Brûlant cadeau,
Pont Mirabeau,
Par-dessus l'eau,
Le bel amour,
Qui vit toujours.
Vienne la nuit,
Sur mon Paris,
Sonnent les heures,
L'amour demeure,
Les jours s'en vont,
Nous nous aimons.

Tu m'as manqué,
Mon vieux Paris,
Paris aimé,
Paris chéri.

Eh oui, tu vois,
Je suis partie,
Au loin, là-bas,
Vers l'Italie.

Parc'que, tu vois,
Le seul ennui,
C'est que ta pluie
Nous apitoie,
Et que ton froid
Glace mes doigts !

Je reviendrai
Avant l'hiver,
Je t'aimerai
Tout comme hier.

Krystyna Umiastowska

 

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Blub

Poisson

 

 

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